mardi 5 avril 2011

Cranach et son temps

La plainte de Cupidon à Vénus,
Cranach Lucas, l'Ancien (1472-1553),
(C) The National Gallery, Londres, Dist. RMN / National Gallery Photographic Department

Une belle exposition au Luxembourg, j'ai presque envie de dire enfin !

Une drôle d'exposition très sombre, avec des œuvres  encadrées de bois foncé, des formats minuscules, un peu trop de monde... et puis les salles décidément trop petites de ce musée, mais on ne pourra pas pousser les murs !

Alors si le Luxembourg, fidèle à sa tradition ne prend pas soin de faire des cartels qui nous donneraient de vraies indications sur les œuvres, si l'on prend le temps de lire les panneaux (ou de préparer se visite avec le site internet de l'exposition), on a tout de même une chance de savoir de quoi on parle.


Plus sérieusement, il y a plusieurs manières d'entrer dans cette exposition.

Vous pouvez vous préparer en effet, comme ça vous connaîtrez les commanditaires comme Frédéric le Sage, prince-électeur de Saxe, ou le roi Ferdinand Ier. 
Ou encore les histoires de ses héroïnes, de Sainte Catherine au moment de son sauvetage par le ciel (un tableau d'une immense modernité) à Lucrèce se transperçant d'un poignard.
Ah, et puis si vous avez quelques notions d'allemand, ça pourra vous aider dans certaines gravures !


Vous pouvez aussi aller la voir pour rire.
Non, parce qu'il ne faut pas croire, ce n'est pas seulement un art abrupte que la multiplication des détails rendrait impossible à apprécier, bien au contraire.
Dans ces détails, je vous laisse chercher au sein des gravures et des tableaux : un ange qui vous montre ses fesses, un serpent autocollant, un bouc au bord du suicide, une ribambelle d'anges derrière une couette (!), la dépouille du lion de Némée, une tête qui semble surgir d'une vasque, et une foule d'autre détails parfois totalement incongrus.
Je vous laisse agrandir la liste !


Et puis vous pouvez aussi y aller juste parce que les œuvres appartiennent à un autre temps. Alors, une fois que nos yeux se sont habitués à cette drôle d'esthétique, on peut se laisser fasciner par la délicatesse de ces personnages.
Ces carnations claires sur des fonds de plus en plus sombres, ces formats petits et ce goût du détail, des corps déliés et dansants pourront vous enchanter. Mais ce sont surtout ses femmes qui m'ont marquée.
Nulle part sa délicatesse ne s'exprime mieux que dans ces corps recouverts de tissus et de bijoux précieux, de voilages parfois d'une finesse à vous couper le souffle. Et puis ces visages...
Si ronds, si doux, avec de drôles d'yeux en amandes qui font qu'on hésite toujours à se demander si ces femmes sont heureuses, tristes ou même furieuses (sa Judith avec la tête de Saint Jean-Baptiste m'a fait penser à celle d'Artemisia Gentileschi), une confusion des sentiments qui m'émeut et me trouble.

Ou tout ça à la fois, bien sûr !


Pour vous faire une idée sur tout ça un joli diaporama proposé par Connaissance des Arts ici.


Deux bon articles : les incontournables Lunettes Rouges et La boite à images qui en parlent aussi.

Et enfin, pour approfondir, je vous conseille un excellent site fait par quatre historiens de l'art sur Cranach l'ancien. Passionnant.

Et maintenant, sus au Louvre pour voir le tableau des Trois Grâces (présentation exceptionnelle jusqu'au 30 mai) qui vient d'être acquis grâce aux dons !

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