mardi 19 avril 2011

L'Éclat de la Renaissance italienne

Triomphe de Minerve (détail)
D’après Giovanni da Udine, Triomphe des dieux, Détail du triomphe de Minerve, tissage vers 1560, Paris, Mobilier national
© P. Sébert

J'avoue que les tapisseries sont l'un de mes péchés mignons, et les manufactures des Gobelins en particulier.

Si vous en avez l'occasion, n'hésitez pas à aller visiter les ateliers où travaillent les lissiers, c'est fascinant de voir ces artistes en plein travail (pour les renseignements sur les manufactures, c'est ici).

En parallèle, régulièrement, la galerie organise des expositions qui ont pour but d'exposer les produits du mobilier national, et particulièrement des manufactures.


Alors, comme le disait M. Goetz au vernissage : "Que de merveilles !"


Et c'est vrai.


Pour sa dernière exposition, M. Brejon s'est beaucoup investi, et il nous propose une exposition faite avec amour et enthousiasme.


Toutes ces tapisseries nous transportent dans les palais vénitiens et florentins des débuts de la Renaissance, avec des espaces grandioses et immenses habités par des tapisseries signées par Raphaël et ses suiveurs qui dialoguent avec des tapis persans aux motifs exquis, de la majolique et des vases de Sèvres...
Et pour une fois, cette exposition nous présente des tapisseries dans un ensemble (dit tenture), car on ne concevait que rarement une tapisserie seule !


J'hésite à dire qu'il y a très peu de tissages originaux dans cette exposition, avec la peur que cela lui porte préjudice...
Mais pour moi, c'est au contraire une richesse : on découvre dans cette galerie comment chaque époque qui a suivi la Renaissance a choisi de retisser et de réinterpréter ces œuvres.
Le XVIIème, en particulier, est très présent, avec des retissages proposés par Le Brun (alors directeur des manufactures des Gobelins) dont on retrouve la patte un peu partout : Le Brun jeune, grandiose pour ne pas dire grandiloquent, puis Le Brun plus âgé, comme assagit.
Mais cela va même jusqu'au XIXème, qui se voit immédiatement quand on monte les escaliers, la facture néoclassique des retissages de fresques de la Farnèsine sur la demande d'Ingres rappelle trop leur commanditaire !


Mais le parcours n'est pas organisé de manière chronologique autour de ces diverses manières de réinterpréter la Renaissance, car le propos est axé sur cette période en elle-même : quels sont les grands chefs d'œuvres qui ont définitivement marqué l'histoire de la tapisserie ?
Ils sont presque tous là.


On commence en bas par Raphaël et son œuvre majeure qui annonce la Renaissance dans l'art de la tapisserie : la tenture des actes des apôtres. L'iconographie est riche, et l'on découvre même deux épisodes qui y ont été ajoutés par le XVIIème : la lapidation de Saint Etienne et la conversion de Saül, celui qui avait lancé la première pierre.

Une petite (oui, enfin, en tapisserie le "petite" est relatif) œuvre maniériste d'après Vasari reprend le thème de l'âge d'homme et rappelle la galerie de Fontainebleau, les travaux du Primatice et de Rosso.


La mise en perspective est assurée par le seul tissage florentin de la galerie, qu'il faut contourner pour voir la suite de l'exposition.


Et derrière, un choc esthétique : la bataille de Constantin.
Une merveille, d'une richesse, avec une multitude de détails à voir et à déchiffrer.
Le dessin original était de Raphaël, le carton et l'exécution initiale de son meilleur élève, Jules Romains, et le tissage est signé Le Brun jeune.
Et ceux qui connaissent Le Brun le retrouve tout à fait ici, alors qu'on est juste quelques années avant la galerie des glaces, quelques années avant les gigantesques triomphes d'Alexandre du Louvre.
Et là, tout s'éclaire, c'est évident ! Si l'on s'était un jour demandé où Le Brun avait trouvé son inspiration, sa grâce, son sens de la mesure, aussi bien que le côté grandiose et torturé de ses compositions, ce tableau nous en donne la réponse.
Cette commande combinée de Mazarin et de Fouquet lui aura servi à alimenter sa peinture !


En face, c'est l'histoire de Vulcain qui se déroule sous nos yeux, et qui avait appartenu à la collection personnelle de Fouquet et qui avait tant plu à Louis XIV.
Si les couleurs de ce tissage flamand n'ont pas toujours très bien tenu, le modelé des corps et le fond architectural sont en revanche toujours bien présents.
Ici, l'on peut même s'amuser à trouver dans un coin Vénus et Mars au lit découverts par Vulcain qui s'apprête à les recouvrir d'un filet...


Puis c'est l'escalier où nous attends la personnification alanguie de la rivière de la Bièvre, qui alimentait les manufactures, avant de nous guider vers d'immenses formats qui ornaient les loges du Vatican et, tout en haut, les deux tapisseries ingresques aux sujets mythologiques.


Et cette salle du haut !
Pour une fois, tout l'espace de la galerie est dégagé, pas de cloisons qui entraveraient le chemin, on se croirait vraiment dans un palais habité de tapisseries, avec la possibilité de prendre le recul que l'on veut pour voir ces très grands formats.
C'est dans cette salle que l'on peut admirer le triomphe et la postérité de Raphaël au travers de ses élèves, chacun ayant pris une partie de très différente de son héritage.


D'abord, c'est l'ensemble des Fructus Belli, les fruits de la guerre : mort, viols, incendies, rapts... mais aussi récompenses et triomphes, représentés par Jules Romains d'une manière grandiloquente, avec des bordures qui empiètent sur le motif. C'est riche et extrêmement moderne !
Et surtout, ce qui vaut la peine ici à mon avis, c'est le détail des rouges. Ici, ils sont très bien conservés, et l'on voit bien la différence entre le rouge-orangé tiré de la garance et le rouge-violacé tiré de la cochenille.


Enfin, l'autre tenture, seul tissage d'origine, est faite d'après un dessin de l'autre grand élève de Raphaël, qui a, quant à lui, développé un côté majoritairement ornemental : Giovanni da Udine.
D'un côté chaque saynète vous rappelle l'histoire de Persée aux multiples épisodes, tandis que de l'autre vous trouverez une bacchanale avec une multitude de petits amours qui travaillent le raisin et le vin, le tout entouré de grotesques.
Eh oui, ces grotesques qui tiennent leur nom de la redécouverte des peintures de la domus aurea, que l'on a pris pour une grotte !


Enfin bref, une exposition pleine d'émerveillements comme seule la tapisserie sait nous en réserver.


vendredi 15 avril 2011

Charlotte Perriand (1903-1999) : de la photographie au design

 Je n'ai pas trouvé les droits de cette photographie, donc si quelqu'un trouve, je suis preneuse !
Bon, décidément, j'ai du mal à m'en tenir à un billet par semaine en ce moment, il y a trop de nouvelles expositions qui ouvrent !

Et puis celle-ci, c'est parce que l'occasion c'est présenté que je suis allée la voir.

Et je n'ai pas regretté.

Si vous avez envie de savoir un peu plus qui est Charlotte Perriand, je vous laisse découvrir le dossier pédagogique fait par Beaubourg en 2005/2006 (ici).

Bon, la première partie de l'exposition est dans les salles avec les œuvres du parcours permanent du Petit Palais, et là, il y a moyen de se perdre. Facilement. 
Je vous conseille donc de télécharger le plan d'aide à la visite avant d'y aller (ici).
Ou de prendre le plan distribué à l'entrée en arrivant, ça marche aussi.

Mais en haut, je vous conseille surtout de profiter de l'immense travail de l'équipe du Musée Nicéphore Niepce de Chalon-sur-Saône, qui a recréé des maquettes et des panneaux de photomontages des années 30 très impressionnants, en s'inspirant des travaux de Fernand Léger qui y avait collaboré.
Vous verrez, en matière de graphisme et d'impact de l'image, c'est bluffant de voir à quel point on utilise toujours les même ressorts !

Dans le couloir qui expose du mobilier, quelques meubles dessinés par Charlotte sont malheureusement assez mal mis en valeur au milieu des meubles et des tapisserie des XVIIIème et XIXème siècle que renferme le musée.

En bas, c'est un vrai labyrinthe.
Si vous arrivez à ne pas (vous) perdre de vue au milieu des tableaux les œuvres photographiques et celles de design, normalement vous allez aboutir au vrai cœur de l'exposition.

Enfin, tout de même, dans le lot, on découvre une photographe assez formidable. J'ai surtout été marquée par des photographies d'architectures, avec un sens de la lumière et du cadrage assez exceptionnels.
Et puis une volonté de photographier des objets. N'importe lesquels, même juste ramassés par terre, pour les mettre dans la maison.
Ouvrir la sphère de l'intime à la photographie en détrônant les œuvres d'art. Rendre accessible à tous la beauté.

Et puis une fois au cœur, si comme moi vous avez perdu beaucoup de temps à vous perdre un peu partout avant, vous allez le regretter un peu.

Parce que c'est là que tout commence, que tout est à voir, à comprendre, à percevoir, à apprécier.

C'est trop riche et trop dense pour que je puisse vous en donner un aperçu ici. Mais il y a de quoi s'en mettre plein les yeux.
De quoi comprendre les rapports étroits entre la nature, la photographie, la peinture, le design, l'architecture... qui existaient à partir des années 30.
On y retrouve l'ergonomie, le confort, mais aussi les démarches de démocratisation de l'art et de rentabilité de l'espace que l'on connait mieux chez Le Corbusier, que l'on découvre même peintre à l'occasion.

Et enfin, à la sortie de l'exposition, n'hésitez pas : Cassina, le partenaire de l'exposition, met à la disposition des visiteurs tout une série de meubles de Charlotte Perriand. On peut regarder, toucher, et même s'assoir dans les fauteuils et les chaises longues !

C'est assez rare pour être signalé et apprécié !

mardi 12 avril 2011

Une cour royale en Inde : Lucknow (XVIIIème siècle - XIXème siècle)

 Le Colonel Antoine-Louis Polier assistant à un nautch, d’après une peinture de Johann Zoffany, 
Inde, Uttar Pradesh, Lucknow, vers 1786-1788,
©Foto Rainer Wolfberger, courtesy Museum Rietberg, Zürich

 Je ne connais pas grand-chose aux arts asiatiques, mais je tenais absolument à voir cette exposition, dont j'avais entendu le plus grand bien.

Et puis bon, ce n'est pas l'aperçu que m'en donnait le musée Guimet qui allait me permettre de me faire une idée...


J'étais ravie mardi dernier de me rendre au vernissage, ce qui m'a donné l'occasion de retourner au musée Guimet dont j'apprécie les grands espaces et la présentation simple et claire dont se dégage une grande sérénité.


Le musée a décidé de se pencher cette fois sur une ville d'Inde du nord, Lucknow, dont je ne savais rien avant de commencer l'exposition. D'ailleurs, après quelques recherches, j'ai cru voir que les guides de voyages pour l'Inde n'ont pas l'air particulièrement enthousiastes vis-à-vis de cette ville.


Donc, vous l'aurez deviné, c'est une exposition de spécialistes, aux panneaux pas forcément très compréhensible pour quelqu'un qui comme moi ne s'y connait pas bien.
Il est vrai que c'est dommage, mais l'exposition a d'autres avantages.


Si vous n'avez pas l'occasion de voyager, de partir en vacances en ce moment, cette exposition vous offre une porte sur l'extérieur, sur l'Inde mystérieuse aux multiples richesses...


C'est en effet grâce à la scénographie de Giada Ricci que l'on peut se laisser porter le long de la rivière Gomti qui partage la ville en deux. On s'imagine sur un bateau qui slalome (c'est moche mais c'est dans le dictionnaire) entre les ilôts/vitrines peuplés de riches objets, tandis que sur les côtés, les personnages principaux et les palais du bord de l'eau se laissent découvrir...


Au milieu du bleu ambiant, on finit par se laisser envoûter par le charme délicat et exotique des dessins, peintures et enluminures, à la découverte des objets de pouvoir de cette drôle d'élite d'une ville qui en peu de temps surpasse Dehli en puissance et en richesse. Une masse d'armes, notamment, impressionne car tout y inscrit l'instrument de pouvoir.
On se familiarise avec les architectures qui nous rappellent nos palais des milles et une nuits, et l'on continue le voyage au gré des costumes et instruments d'apparats, tous plus dorés les uns que les autres.
Je vous laisse y découvrir notamment un superbe turban rouge et or, ou une coiffe de prince rebrodé de perles et d'émeraudes.


Le long du couloir comme le long du fleuve arpenté par des navires en forme de poisson, le voyage continue.


Puis on arrive chez les collectionneurs.
Ces curieux nawabs blancs qui s'habillaient et se comportaient comme les riches indiens, qui avaient recours aux meilleurs artisans et peintres pour se créer des collections d'exception.
J'ai une grande tendresse envers les collectionneurs, et ceux-là ne dérogent pas à la règle. Ils ont cette manière touchante de faire marquer les objets à leur noms pour bien en indiquer la possession (une paire de superbes pistolets en témoigne), et cette volonté de diffuser, de partager leur monde.
Une des pièces maîtresse de l'exposition est un bouclier offert par l'un d'eux au Prince de Galles, qui vient de la collection privée de la Reine d'Angleterre. Il est étincelant, en laque incrusté de diamants...


Enfin, la dernière étape du voyage se fait sur une robe de courtisane d'une grande richesse, et, surtout, sur des bijoux.
Tout au long de l'exposition, les portraits de femmes sont riches de ces bijoux, et on peut enfin les voir. Et on est pas déçu, ils sont superbes !
Et puis, un petit extrait de film pour achever de se mettre dans l'ambiance...


Dernière étape? Pas tout à fait : pour terminer sur la ville de Lucknow, une autre exposition est cette fois présentée dans la rotonde, tout en haut du musée.
La vue vaut le coup quand on monte, c'est vrai, mais surtout les photographies en noir et blanc sont superbes et très agréablement présentées.
On peut jouer ici à retrouver les architectures que l'on a découvert en bas, ou bien simplement profiter d'un écran coincé dans une malle de voyage, qui fait le lien entre les photos passées et le présent.

Ici, oui, l'envie de s'aventurer dans l'Uttar Pradesh actuel devient bien plus forte...


Ah, et puis comme souvent, des conférences sont organisées par le musée autour de l'exposition. S'il y en a une à ne pas louper, c'est celle de Kénizé Mourad.
Cette journaliste et écrivain me tient à cœur, car j'ai lu ses ouvrages avec un immense plaisir. De la part de la princesse morte, en particulier, est un ouvrage splendide, qui vous emporte à la fois par ses côtés sentimentaux, ses rebondissements incessants et son immense documentation historique.


Alors si vous êtes libres le jeudi 28, n'hésitez pas, ça vaut le coup !

samedi 9 avril 2011

Tous les soleils.


Oui, je sais, je voulais faire un blog qui ne parle que des expositions parisiennes.
Mais bon, faut pas être sectaire, il y a d'autres choses dans la vie... et puis on est pas mardi!

Alors je voulais juste vous signaler une petite merveille qui fait chaud au cœur : le film Tous les soleils de Philippe Claudel.

J'ai un énorme faible pour le personnage principal, c'est vrai. Et pas (seulement) parce qu'il est italien et qu'il passe la moitié du film à s'engueuler dans cette langue.
Non, surtout parce qu'il est à la fois monstrueusement agaçant, très attendrissant, et qu'on a à la fois envie de lui mettre des baffes et de s'identifier à lui.
Mais en fait, ce qui me fait craquer, c'est sa capacité à être en même temps très malheureux et à chercher le bonheur dans tout.

Bref, un personnage avec une vraie profondeur comme on en fait plus.

Mais tout le film est beau.
Et remuant, aussi.

Les relations père/fille, frères, amis, mère/fille, grand-mère/fille, amours débutants, tout ou presque y est abordé, survolé avec douceur, et sincérité.

Voilà, donc juste pour vous dire que si vous avez le temps, besoin d'un peu de chaleur, n'hésitez pas à faire un petit tour dans votre cinéma favori!

mardi 5 avril 2011

Cranach et son temps

La plainte de Cupidon à Vénus,
Cranach Lucas, l'Ancien (1472-1553),
(C) The National Gallery, Londres, Dist. RMN / National Gallery Photographic Department

Une belle exposition au Luxembourg, j'ai presque envie de dire enfin !

Une drôle d'exposition très sombre, avec des œuvres  encadrées de bois foncé, des formats minuscules, un peu trop de monde... et puis les salles décidément trop petites de ce musée, mais on ne pourra pas pousser les murs !

Alors si le Luxembourg, fidèle à sa tradition ne prend pas soin de faire des cartels qui nous donneraient de vraies indications sur les œuvres, si l'on prend le temps de lire les panneaux (ou de préparer se visite avec le site internet de l'exposition), on a tout de même une chance de savoir de quoi on parle.


Plus sérieusement, il y a plusieurs manières d'entrer dans cette exposition.

Vous pouvez vous préparer en effet, comme ça vous connaîtrez les commanditaires comme Frédéric le Sage, prince-électeur de Saxe, ou le roi Ferdinand Ier. 
Ou encore les histoires de ses héroïnes, de Sainte Catherine au moment de son sauvetage par le ciel (un tableau d'une immense modernité) à Lucrèce se transperçant d'un poignard.
Ah, et puis si vous avez quelques notions d'allemand, ça pourra vous aider dans certaines gravures !


Vous pouvez aussi aller la voir pour rire.
Non, parce qu'il ne faut pas croire, ce n'est pas seulement un art abrupte que la multiplication des détails rendrait impossible à apprécier, bien au contraire.
Dans ces détails, je vous laisse chercher au sein des gravures et des tableaux : un ange qui vous montre ses fesses, un serpent autocollant, un bouc au bord du suicide, une ribambelle d'anges derrière une couette (!), la dépouille du lion de Némée, une tête qui semble surgir d'une vasque, et une foule d'autre détails parfois totalement incongrus.
Je vous laisse agrandir la liste !


Et puis vous pouvez aussi y aller juste parce que les œuvres appartiennent à un autre temps. Alors, une fois que nos yeux se sont habitués à cette drôle d'esthétique, on peut se laisser fasciner par la délicatesse de ces personnages.
Ces carnations claires sur des fonds de plus en plus sombres, ces formats petits et ce goût du détail, des corps déliés et dansants pourront vous enchanter. Mais ce sont surtout ses femmes qui m'ont marquée.
Nulle part sa délicatesse ne s'exprime mieux que dans ces corps recouverts de tissus et de bijoux précieux, de voilages parfois d'une finesse à vous couper le souffle. Et puis ces visages...
Si ronds, si doux, avec de drôles d'yeux en amandes qui font qu'on hésite toujours à se demander si ces femmes sont heureuses, tristes ou même furieuses (sa Judith avec la tête de Saint Jean-Baptiste m'a fait penser à celle d'Artemisia Gentileschi), une confusion des sentiments qui m'émeut et me trouble.

Ou tout ça à la fois, bien sûr !


Pour vous faire une idée sur tout ça un joli diaporama proposé par Connaissance des Arts ici.


Deux bon articles : les incontournables Lunettes Rouges et La boite à images qui en parlent aussi.

Et enfin, pour approfondir, je vous conseille un excellent site fait par quatre historiens de l'art sur Cranach l'ancien. Passionnant.

Et maintenant, sus au Louvre pour voir le tableau des Trois Grâces (présentation exceptionnelle jusqu'au 30 mai) qui vient d'être acquis grâce aux dons !

Sur Odilon Redon

Cheval cabré sur une cime de profil à gauche,
Redon Odilon (1840-1916),

Juste quelques liens puisque je n'en ai pas parlé dans mon premier billet :

- pour l'occasion, l'abbaye de Fontfroide (près de Narbonne) ouvre sa bibliothèque décorée par Redon et a même déblayé le char du jardin qui a sans doute inspiré l'artiste! Cliquer ici.

- une petite présentation de l'exposition par la RMN ici.

- dommage, pas de superbe site internet comme celui qui avait été réalisé pour l'exposition Monet (ici), mais un joli site plus classique (ici), et il existe des applications ipad et iphone (payantes) pour découvrir quelques images de l'exposition : cliquer ici.

- deux petites vidéos reliant la science, la poésie et Redon (qui s'inspirait d'ailleurs des théories de Darwin) : cliquer ici et ici.

- pour finir, juste quelques images pour le plaisir des yeux ici.

lundi 28 mars 2011

Nature et idéal...

Le Débarquement de Cléopâtre à Tarse,
Le Lorrain Claude (dit), Gellée Claude (1600-1682), 
(C) RMN / Stéphane Maréchalle



Entre Nature et idéal, le paysage à Rome entre 1600 et 1650.
Oui, on peut dire que le thème n'est pas l'un des plus aguicheurs qui se soit fait au Grand Palais. La scénographie non plus, sans doute.

Mais elle est belle, vraiment.
Je vous dit ça avec beaucoup de sincérité, c'est une exposition qui ne fait pas seulement du bien aux yeux, elle élève l'âme.

Partir à la découverte des tâtonnements de la peinture italienne du début du XVIIème siècle, la mise en place du paysage classique, c'est comme arpenter un chemin en pleine montagne : c'est un peu laborieux parfois, mais la vue, à la fin, elle vaut vraiment le coup.

Alors si vous avez l'occasion, profitez d'un moment de calme entre midi et deux par exemple, quand il n'y a presque personne, pour parcourir les deux étages de cette exposition.

Et laissez Annibal Carrache vous convaincre qu'il n'y a rien de plus beau que la nature, Paul Bril vous emporter au fil des mâtages de ses marines et dans le vert limpide de ses mers, L'Albane et le Dominiquin se partager l'héritage du Carrache en deux part presque égales et si différentes!
Avec la petite exception d'un Velasquez, qui illustre avec délices la dolce vita italienne aux abords des cyprès de la villa Médicis.

Surtout, surtout, approchez-vous des œuvres. 
Juste pour le plaisir de découvrir, à côté des peintures sur toile ou sur bois, une technique extraordinaire : la peinture sur cuivre.
Ce n'est alors presque plus de la peinture, c'est de l'émail, d'une délicatesse, d'une finesse, avec des couleurs sensibles et vraies qu'aucune toile ne permet...
C'est là seulement que vous pourrez découvrir la profondeur des verts, la limpidité des eaux, la transparence des ciels...

A l'étage, pour passer vite sur le charme des dessins et croquis et de la reconstitution d'une architecture en trompe l'œil d'un palais romain, vous découvrirez les deux références du paysage classique : Poussin et le Lorrain.

Poussin, c'est la construction de la beauté idéale, petit à petit, coup de pinceau après coup de pinceau. C'en est presque laborieux, mais c'est sublime. Les personnages figés, les arbres sans un souffle de vie, qui révèlent le sens profond du tableau. Parce que chez Poussin, attention, tout a un sens.
Alors n'hésitez pas, vous pouvez y passer du temps. Relevez chaque détail, comment le cortège est fait à Zeus dans le tableau des funérailles de Phocion, comment le cercueil qui lui est refusé est placé exactement à son aplomb, comment le chemin vous mène, tranquillement, au travers du tableau.

Alors oui, Poussin n'est pas accessible à tous.
Mais, comme pour compenser, en face, il y a le Lorrain.

Et là, quelque soit la connaissance de l'histoire, de l'histoire de l'art ou des auteurs grecs auxquels il fait référence que vous ayez, il n'est pas possible de ne pas juste se laisser happer.
Sa douceur, sa lumière, sa sensibilité, et le tout au milieu de paysages grandioses, c'est... non, définitivement, je n'ai pas de mots pour ça, c'est trop beau.
C'est beau comme un délicieux gâteau dont on sent l'odeur avant de le goûter (et le Lorrain était apprenti pâtissier avant de devenir peintre) : on sent sa lumière plus qu'on ne la goûte.

En bref, c'est une exposition dont on se délecte...


D'ailleurs, si le Lorrain vous a fasciné, le Louvre propose de continuer la visite avec ses dessins : une exposition qui ouvre bientôt !